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Article d'Arnaud MONTEBOURG, Secrétaire National du Parti Socialiste au sujet du rapport "pour des primaires ouvertes et populaires" :
De nombreux travaux de cercles proches de la gauche, des prises de position publiques de la part de plusieurs dirigeants de notre Parti ont fait de la question des primaires ouvertes l’un des premiers chantiers de la rénovation que j’ai été chargé d’engager par Martine Aubry, notre Première secrétaire.
Muni du mandat d’organiser un groupe de travail pluraliste au sein du Parti, j’ai réuni la commission pour les primaires composée de :
Guillaume Bachelay, représentant Laurent Fabius, Guillaume Balas, représentant Benoît Hamon, Philippe Bonnefoy, représentant François Hollande, Christophe Borgel, secrétaire national aux Elections, Emeric Bréhier, représentant Pierre Moscovici, Christophe Caresche, représentant le Pôle Ecologique, Alain Fontanel, représentant Bertrand Delanoë, Jean-Pierre Mignard, représentant Ségolène Royal.
Siégeaient également à nos côtés Olivier Ferrand, Président de la Fondation Terra Nova, ainsi que Paul Alliès et Carlos da Silva, secrétaires nationaux adjoints chargés de la Rénovation.
Nous avons travaillé chaque semaine, pendant 3 mois, en silence et en dehors du regard public. Douze réunions se sont déroulées dans la confiance et l’amitié mutuelle. Beaucoup des positions initiales des membres ont évolué pendant nos débats. C’est la preuve que le débat que nous aurons à mener dans le parti ne peut qu’être productif et que les préjugés ou les préjugements de toutes sortes doivent être vaincus.
Extrait du rapport :
Nous, socialistes, sommes désormais au pied du mur.
Nous n’avons toujours pas surmonté notre inaptitude à gagner l’élection présidentielle. Un seul président, sous la Veme République, est issu de nos rangs, contre cinq pour les conservateurs. En 2012, vingt-quatre ans se seront écoulés depuis notre dernière victoire présidentielle.
Notre vie partisane donne aux Français un triste spectacle. Divisions. Indécision. Archaïsmes. Le changement, la modernité, l’avenir : ces talismans qui faisaient notre force ont changé de camp.
Aucune des fonctions vitales (production d’idées nouvelles, opposition au pouvoir, mobilisation électorale) que devrait assumer le parti n’est plus correctement exercée.
Notre projet est dépassé. Certes, le problème n’est pas que français : toute la social-démocratie européenne cherche à renouveler sa matrice idéologique. Mais notre contribution à la rénovation intellectuelle de la gauche européenne a été jusqu’ici, pour manier l’euphémisme, modeste.
Le leadership n’est toujours pas tranché. Nous cherchons encore un successeur à Lionel Jospin, presque 10 ans après son départ. Aucun leader « naturel » ne s’est imposé et nos institutions ne permettent pas de choisir entre nos nombreux talents - au contraire, elles les broient.
Les alliances sont en friche. Ouverture vers le Modem ou vers la gauche de la gauche ? Nous sommes paralysés. Nous n’arrivons même plus à dialoguer avec nos amis naturels de la « gauche plurielle ». Nous nous recroquevillons sur nous-mêmes.
Le tableau est noir mais il est lucide.
Ouvrons les yeux jusqu’au bout : la situation est loin d’être désespérée, car nous disposons de nombreux talents, de nombreuses forces militantes sur le terrain, des innovateurs du quotidien partout en France qui inventent -nos élus- ou accompagnent nos politiques locales.
Nous pouvons rebondir grâce à ces ingrédients puissants du renouveau.
Il y a d’abord les Français. Comme tous les Européens, ils plébiscitent nos valeurs. Ils veulent vivre dans un monde juste. Ils votent à gauche, comme le montrent les dernières élections européennes : il y a une majorité progressiste, mais la faiblesse du leadership socialiste et la fragmentation de notre camp donnent la victoire à l’UMP.
Il y a ensuite les forces progressistes. L’écosystème intellectuel qui entoure le parti socialiste et la gauche s’est considérablement enrichi ces dernières années. En témoignent la vitalité de nos think tanks, notamment Terra Nova, la Fondation Jean Jaurès, la Forge, la multiplicité des clubs et des travaux de fond dans les courants, le retour des chercheurs et des experts dans nos cercles, le branchement de nos réflexions sur les réseaux progressistes européens et internationaux.
Et puis il y a nous-mêmes. Collectivement, nous n’avons certes pas montré l’exemple ces dernières années. Mais, placés au pied du mur, nous sommes en train de réagir. Nous pansons les dernières plaies du congrès de Reims et recherchons l’unité. Nous remettons en marche le parti. Nous renouons avec les luttes sociales. Nous recréons les ponts, via le Laboratoire des Idées, avec le monde intellectuel.
Nous pouvons rapidement nous remettre en dynamique. Cela ne tient qu’à nous.
Comment ?
Le plus important, c’est de bien sûr s’atteler, enfin, à définir la vision de la société que nous voulons rebâtir, car nous ne sommes pas des gestionnaires seulement capables d’offrir des services à des morceaux de la population. Nous avons un imaginaire, des rêves, et des valeurs extraordinaires à déployer sous les yeux des Français, pour entraîner notre grand pays vers d’autres chemins.
Notre projet ne pourra venir que d’une collaboration active avec les Français, avec des retrouvailles sur le terrain, dans une relation de confiance restaurée par la fabrication du projet avec eux.
Les Primaires Populaires est ce projet politique permettant d’associer les Français et le peuple de gauche à la fabrication de notre projet, en même temps qu’au choix du futur Président de la République qui le portera.
Il attaque de front la crise démocratique dont sont victimes tous les appareils politiques, dont le nôtre. Il démocratise l’élection présidentielle qui, jusqu’à présent, est restée la production en cercle fermé des états-majors médiatiques et politiques, en installant cette fois enfin le peuple de gauche en son cœur.
Il est une riposte politique d’envergure aux changements institutionnels qui ont installé la maladie présidentielle dans les moindres recoins des arrières pensées de tous les dirigeants de tous les partis : L’accélération du calendrier quinquennal de la présidentielle et l’inversion du calendrier que nous avons nous mêmes décidés ( !) provoquent sous nos yeux la lente destruction des partis de gauche. Le Parti Socialiste doit compter parmi ses rangs une bonne dizaine de candidats déclarés à cette élection, et la gauche crée tous les quatre ou cinq ans un parti nouveau.
Quand la gauche organise son émiettement jusqu’à se menacer elle-même de disparition, l’UMP à l’inverse fusionne et fait disparaître les causes de sa division.
Pour remédier sérieusement à ces problèmes, il est temps d’ouvrir une nouvelle période de la gauche et de relancer magistralement l’Histoire nationale, en ordonnant enfin notre propre désordre, et en assumant de combattre la Veme République sur son terrain, ce que fit Francois Mitterrand en son temps.
La méthode proposée dans ce rapport est audacieuse et innovante. Elle est de nature à révolutionner nos rapports avec les Français, et par cette heureuse surprise, créer les conditions d’un mouvement de la société en notre faveur. Les droites unies dans l’UMP ont encore concentré des moyens supplémentaires entre leurs mains pour nous briser davantage. Nos appareils épuisés et perclus des douleurs de nos vieilles divisions n’auront plus la force d’affronter le combat magistral et essentiel de 2012. Les Primaires Populaires répondent au besoin de gauche que le pays exprime et dont ses appareils partisans sont devenus incapables.
Ce rapport prend le parti de régler l’une des premières causes de division de notre parti, qui paralyse et pervertit toutes les autres actions de notre parti dans d’autres champs : la crise de leadership. Il est vital pour le parti socialiste et pour la gauche, de mettre en place une procédure de sélection de son leader. Cette procédure, c’est la primaire présidentielle, une primaire populaire de désignation du candidat socialiste et si nos partis frères le souhaitent du candidat de plusieurs formations politiques dès le premier tour de l’élection présidentielle.
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