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C’est avec beaucoup de plaisir que nous nous retrouvons parmi vous. Je n’ai pas l’intention de vous faire un
grand discours, cependant le 8 mai est pour moi un moment fort, poignant qui se décline en trois thèmes ; le respect pour toutes ces personnes qui ont fait le sacrifice de leurs vies, les remerciements aux anciens combattants, et la traditionnelle phrase : plus jamais ça !
Aujourd’hui j’y rajouterai le souvenir et si vous le voulez bien je vais vous raconter une histoire, ou plutôt lire un écrit. Ceux qui sont venus à Retonféy, le 6 octobre 2008 l’ont déjà entendu, mais je crois qu’il est important que tout le monde sache pourquoi Lombez et Retonféy.
« Nous sommes le 16 novembre 1940 (il y a de cela 68 ans). J’avais 12 ans. Nous avons essayé avec Jeanne et Huguette de retracer cette période difficile à vivre surtout pour nos parents et grands parents. C’est la guerre. Nous sommes prévenus que nous allons être expulsés. Chacun se préparer. Les adultes essaient de cacher dans la maison les objets précieux (vaisselle, linge, horloge) puis des produits d’alimentation (farine, café, pâtes).
Dans la maison au dessus du four à pain, il existe une cachette au grenier recouverte de foin. C’est là qu’on a entassé autant que l’on pouvait. Maman a même apporté ma poupée. (Entre parenthèses, quand nous reviendrons on s’apercevra que cette cache a été découverte : par qui ? On ne l’a jamais su).
Les allemands imposent à nos parents d’opter pour la France (nous serons expulsés) ou pour l’Allemagne (dans ce cas nous resterons à Retonféy). Les Lorrains, très patriotes optent, pour la plupart pour la France : donc expulsion.
Les mamans préparent les bagages : 30 kg chacun et 2 000 francs (300 €) ; A 8h30, le départ commence. Les cars sont arrivés sur la place. Les mamans pleurent, les papas courageux tentent de les réconforter. Il y en a pour un mois peut être, disent ils. Les allemands seront partis et on retrouvera tout comme avant. Hélas ! Et les enfants ? Ils vont voyager en bus, en train ; cela leur fait penser aux vacances ?
Les bus escortés par les Allemands nous conduisent à Metz. Après quelques heures, le train part pour Nancy. A un moment, il s’arrête, repart en arrière. Ont-ils décidés autre chose ? Beaucoup pensent qu’ils nous emmènent en Allemagne. C’est un peu la panique.
Non ! Le train repart et nous sommes dirigés vers Macon. Arrivés là, on entend : « présentez armes ! ». Les soldats d’un régiment nous rendent les honneurs militaires. Nous sommes des Lorrains, des amoureux de la patrie. Puis le train défile : Lyon, Toulouse. En car nous sommes dirigés vers Mauvezin, une petite ville du Gers.
Mauvezin. Nous logeons dans des baraquements en bois. Les lits s’appellent des « châlits » (définition du dictionnaire : cadre de lit en bois), le sommier des lattes en bois, le matelas bourré de paille. Les femmes et les enfants ont leur baraque, les hommes et les garçons, la leur. Ils se retrouvent aussi à la cantine.
Nouveau départ : Lombez.
Nous mangerons aussi à la cantine et à chaque famille a été attribué une nouvelle maison. Puis distribution à chaque foyer d’un petit poêle en font sur lequel nous pourrons cuisiner. ( La famille Pister , comptant 13 personnes logera au Pensionnat Fénelon ; la famille Klein , à la prison non utilisée depuis longtemps, près de la gendarmerie). C’est dans ce pensionnat que Melle Zwibel, qui est réfugiée comme nous, ouvrira une classe d’une douzaine d’élèves (Il y avait déjà la classe de M Panis de l’école libre).
Pendant ce temps passé à l’école pour les enfants, les pères parcourent la campagne du Gers en quête de patates, topinambours et rutabagas. Les commerçants bienveillants ne regardant pas trop ce qui nous revient avec les tickets de ravitaillement et il y a toujours un petit supplément.
Puis arrivent pour les enfants, ce que j’appelle « les grandes vacances ». Nous avons fait la connaissance des petits Lombéziens et partagions les jeux avec eux sous la halle magnifique, près de la magnifique cathédrale et le patronnat.
J’y pense : c’est à la cathédrale que nous répétions avec l’archiprêtre Saveran, les chants de Noël, enfants de Lombez et de Retonféy. Avec eux aussi, les maîtres et maîtresses ont organisé une soirée théâtre très réussie. Évidemment les petits lorrains y parlaient de leur « chère Lorraine ». Les moissons, les vendanges étaient pour nous de grands moments. C’est dans ces petites métairies que nous avons dégusté « le fameux cassoulet » et le millas.
En été, les baignades dans la Save, les pique-nique après nos ébats. Cela ne rappelle t il pas les vacances ? On ne pensait pas à la guerre. Nos parents n’y faisaient pas souvent allusion, sans doute pour ne pas nous effrayer.
Et puis vers la nouvelle année, le ramassage de vêtements, de couvertures pour des plus démunis que nous. Nous interprétions en patois gascon un chant, pour que les portes s’ouvrent et fiers de notre « récolte », nous les étalions sur de grandes tables à la sous préfecture, ou nos mamans ont trouvé des trésors.
Et le grand jour est arrivé. Le retour à la maison eu lieu en mai 1945, après 5 années passées à Lombez. Nos parents n’ont pas retrouvé grand-chose : plus de meubles, plus de vaisselles, plus de linge. Les hommes sont allés en Allemagne récupérer chevaux, vaches, quelques outils agricoles et des meubles.
Nous avons essayé de retrouver une vie normale, mais souvent nos pensées sont allées vers ces gens qui nous avaient si bien accueilli ; vers nos amis que nous avions quittés.
Maintenant vous en savez un peu plus et pourquoi il y a une « Rue de Retonféy à Lombez ».
Je viens de me rendre compte d’un fait essentiel : les naissances qui eurent lieu pendant cette période : Gilbert GAILLOT le 31/10/1941 à Auch, Huguette LECLAIRE, née KLEIN, le 14/01/1943, Jean Paul VIBRATE, le 24/04/1943, Monique GAILLOT le 31/01/1944 et les décès de Mme Marie BOULAY (Grand-mère de Mme PETIT) et de M Louis GUILLON. »
Cette histoire est l’histoire de Madame Jeanne TRESSE épouse MAURICE mais qui nous a quitté le 2 janvier 2009 avec la joie d’avoir revu ses amis de Lombez. Mais aussi celle de nombreuses personnes qui ont vécu cette période.
Vous le voyez, pas de haine, juste des souvenirs, plutôt un témoignage d’une jeunesse autre que celle de nos enfants ; Alors, souvenons nous et racontons leurs sans haine, ni rancune, pour que « plus jamais ça » devienne une réalité.