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Les 5 questions que vous vous posez sur la fraude de la Société Générale

Dans son numéro de janvier, le magazine Risk, destiné aux spécialistes de la finance, a décerné le titre delogoAlterEco.gif meilleure banque mondiale dans la gestion des « dérivés sur actions » à la Société Générale (SG). Humour prémonitoire ! Car c'est en manipulant ces instruments financiers que son trader fou a réussi à lui faire perdre 4,9 milliards d'euros ! Ce nouvel épisode des heurts et malheurs de l'euphorie financière pose plusieurs sortes de questions.
 
Peut-on frauder une telle somme tout seul ?
A priori, oui. Les traders maîtrisent des instruments financiers complexes qu'ils échangent sur des marchés dont ils sont les seuls à vraiment comprendre tout le fonctionnement. L'avenir dira si celui de la SG a bénéficié d'un contrôle interne des risques trop relâché ou bien s'il a su, grâce à sa connaissance intime des procédures de contrôle et un comportement délictueux (vol de mots de passe, création de fausses identités....) déjouer une surveillance bien organisée. En attendant, pour les banquiers de la place interrogés la conclusion est claire : le contrôle interne de la Générale a failli car un trader a pu engager des paris de l'ordre de 40 à 50 milliards d'euros pendant un bon moment sans que personne ne s'en aperçoive.
 
Comment peut-on perde autant ?
Au cours de l'action de ces derniers jours, le capital de la SG pèse autour de 35 milliards d'euros. Comment peut-on jouer -40 à 50 milliards d'euros- plus que ce que l'on possède ? En empruntant. Si on gagne, on rembourse sans problème. Si on perd... La SG n'a pas eu de chance. S'apercevant de la fraude durant le week-end, elle découvre l'ampleur des engagements de son trader, qui a pris des paris en escomptant une remontée des cours de bourse. En dépit de la tendance baissière, elle est contrainte de clore tous les paris ouverts, car à attendre pour tenter de se refaire plus tard, elle se ferait complice de ses malversations : manque de chance, cela tombe en plein chute des cours, ce qui accroît les pertes.
 
La banque cache-t-elle des pertes sur les subprimes en fraude ?
On ne voit pas quel intérêt elle aurait à le faire. La Société Générale est l'un des leaders mondiaux de l'invention et de la gestion de produits financiers complexes. Sa réputation dans ce domaine (d'où la récompense du magazine Risk) est d'autant plus atteinte que les pertes de son trader sont élevées. Si elle avait voulu tricher, la banque aurait plutôt profité de la crise des subprime pour cacher ses erreurs de marché et pas l'inverse !
 
Quelles peuvent être les conséquences pour la SG ?
La SG est d'abord une banque de réseau, en France et à l'étranger. C'est grâce à lui qu'elle peut afficher un résultat positif pour 2007 en dépit de toutes ses pertes sur les marchés. Daniel Bouton et les autres dirigeants de la banque peuvent dire merci à leurs 22 millions et quelques clients qui l'ont sauvé. La banque française et sa direction sont néanmoins fragilisées. Une autre banque va-t-elle essayer d'en profiter pour mettre la main sur la banque française ? L'annonce d'une augmentation des fonds propres de la banque de 5 milliards visait à décourager ce genre de velléités en montrant que les actionnaires actuels de l'institution sont prêts à remettre au pot plutôt qu'à vendre leurs titres. Le recours à un fonds souverain d'un pays asiatique ou pétrolier ne semble pas pour l'instant envisagé.
 
Comment éviter que cela se répète ?
Seule une réglementation politique forte des innovations financières pourrait permettre d'éviter que ce genre de fraude, qui aurait pu arriver à n'importe quelle banque, ne se reproduise. La titrisation (transformer un crédit en actif financier pour le revendre), les produits dérivés (à l'origine des instruments de couverture des risques, utiles, mais dévoyés pour alimenter la spéculation) et les centres financiers offshores sont les trois mamelles d'une finance opaque et spéculative aux tendances frauduleuses. A tel point qu'à Davos, l'économiste américain Nouriel Roubini a parlé de « l'émergence d'un système bancaire de l'ombre ». Certains banquiers en conviennent eux-mêmes, la finance est devenue un monde de l'excès. Il est temps que les politiques prennent fortement position et agissent pour encadrer et arrêter ses constants dérapages. Les politiques publiques de contrôle des risques, de contrôle juridique et comptable des entreprises de la finance et la responsabilité pénale des dirigeants doivent être non pas renforcées mais sérieusement renforcées.

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